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5. Carlitos « el Zorval » (1890-1935) |
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Entre
l’histoire et le mythe :
Carlos
Gardel : Le tango l’aurait attendu pour venir au monde et quelque
chose est définitivement mort dans le tango avec sa disparition. La période
qu’on considère être l’âge d’or du tango correspond aux deux décennies
qu’a duré sa carrière professionnelle. Immigrant et bâtard, parti
de rien, ce gamin des rues de Buenos Aires deviendra une vedette
internationale. Il mènera un train de vie fastueux pour finir par
mourir au sommet de sa gloire, dans un accident étrange. On ne s’est
pas encore véritablement attelé à la tâche de défaire les légendes
qui entourent le personnage de Carlos Gardel : On se contente à
peine d’y mettre de l’ordre. La plupart des études sur le chanteur
pêchent par une nette tendance à l’idolâtrie. Plus important, on
confond l’histoire du tango avec la biographie de Carlos Gardel. Un même acte
de naissance : Selon toute probabilité, Carlos Gardel était d’origine française. Il aurait vu le jour à Toulouse le 11 décembre 1890 , date à laquelle le registre d’état civil de la ville de Toulouse rapporte la naissance d’un Charles Romuald Gardes, fils de Berthe Gardes. Pourtant lorsque Gardel entreprend en 1923, les démarches pour acquérir la citoyenneté argentine, il utilise le témoignage d’amis affirmant qu’il serait né en 1887, à Tacuarembo, en Uruguay (cette origine uruguayenne lui permettant d’être exempté du service militaire argentin). Mais dans un testament rédigé en novembre 1933, Gardel confirme avec une parfaite exactitude les informations présentées sur le registre toulousain . Plusieurs témoins déclarent que, de même que beaucoup de ses contemporains nés comme lui dans un milieu populaire (ou était-ce une coquetterie de star…), Gardel hésitait quand il s’agissait de préciser sa date de naissance . Une chose semble sûre : Charles Romuald Gardes est le fils naturel de Berthe Gardes : Un enfant illégitime, un bâtar « Des
pieds aux lèvres » et de la rue à la scène : Contrairement
à ce qu’on entend souvent affirmer, Carlos Gardel n’est pas
l’inventeur du tango chanson. Linda Thelma avait enregistré, en 1908,
une interprétation gaillarde de El pechador –Le
mendiant- ; l’année suivante, Andrée Vivianne chantait
El porteñito –Le petit portègne- ; Alfredo Gobbi interprétait
en 1911 Le texte qu’il avait écrit sur le Don Juan. Cependant, avant
Gardel, personne n’ose présenter cette musique de parias devant le
grand public bourgeois de Buenos Aires. Un soir de 1917, Carlos Gardel
sera le premier à chanter un tango dans une salle fréquentée par la
bourgeoisie : Le théâtre Esmeralda. Cet air s’intitule Mi noche
triste –Ma triste nuit-. Du jour au lendemain, Gardel devient celui
qui, comme le formulait Enrique Santos Discépolo, fait « monter
le tango des pieds aux lèvres ». Le tango était essentiellement
jusqu’alors une musique de danse ; le changement qu’apporte
Gardel tient au fait qu’il est le premier, non pas à chanter le tango
mais à le chanter sur une scène reconnue de la vie culturelle mondaine
de Buenos Aires. Parce qu’il lui fait découvrir cette musique qu’on
dansait depuis une trentaine d’années dans les rues des bas quartiers
de la capitale, Carlos Gardel peut bien apparaître comme l’inventeur
du tango chanson aux yeux de son public de petits-bourgeois dans la
mesure où c’est grâce à lui que ce public commence à accepter
cette musique, auparavant réservée aux princes des trottoirs et aux
madones de bordels. L’esthétique
gardélienne : Si
Gardel n’est pas l’inventeur du tango chanson, il crée cependant un
style qui lui survivra. Gardel chante avec une intensité dramatique qui
faisait défaut aux autres danseurs. Alors que la plupart de ses
contemporains pèchent par un penchant pour le mélodrame sirupeux, le
lyrisme de Gardel présente plus de retenue. Il suffit à peine de
quelques mois pour que Gardel établisse une manière définitive de
chanter le tango que personne, jusqu’à maintenant, n’a vraiment
tenté de changer. En même temps, les diverses thématiques que présentent
les textes qu’il rend populaires deviennent emblématiques du genre.
Le tango prend un nouveau tournant ; après avoir été la
manifestation égrillarde de ce que Saúl Yurkievich décrit comme
« une alliance de l’alcool, de la bagarre, des femmes »,
cette musique se transforme en une « mélancolique lamentation sur
ce que le temps, fugitif, efface, sur ce qui ne reviendra plus. » Le
tango inachevé : Le 19 mars 1935, à New York, Carlos Gardel enregistre Volver. Il y chante l’errance incessante de l’immigrant, cette façon de n’être jamais à sa place, toujours en retard aux rendez-vous de l’appartenance comme à ceux de l’amour et de l’affection. Tous ceux qui sont les citoyens des parties perdues d’avance se reconnaissent immédiatement dans cette plainte résignée. Trois mois après avoir enregistré Volver, précisément le 24 juin 1935, Gardel est au cœur d’une tournée sud-américaine qui le ramène à Buenos Aires. Après une soirée triomphale à Bogotá, en Colombie, il prend place à bord d’un avion en compagnie de ses musiciens et d’Alfredo Le Pera. Il est prévu de faire escale carburant à Medellin. Au redécollage, l’appareil prend feu avant même de quitter le sol et entre en collision avec un autre avion stationné en bout de piste. Le Pera et Barbieri périssent dans l’appareil. Grièvement blessé, Riverol meurt deux jours plus tard : plus légèrement atteint Aguilar survivra jusqu’en 1951. Parmi les décombres calcinés, on identifie le cadavre carbonisé de Gardel Grâce à sa dentition. La nouvelle fait la une de tous les journaux. L’Argentine entre en deuil. Après plusieurs semaines de tribulations morbides, le corps de Gardel est enfin enterré au cimetière de la Chacarita de Buenos Aires. Le chanteur entre dans la légende. Encore aujourd’hui à Buenos Aires, on continue de dire de Gardel qu’il chante chaque jour de mieux en mieux. |